Rencontre

Animer une fresque contre l’antisémitisme : rencontre avec Antoine Hude

Propos recueillis par Flora Bornstein Entretien avec Antoine Hude, formateur-facilitateur
Un même atelier, des publics différents.
Un même atelier, des publics différents.

Formateur-facilitateur, Antoine Hude anime des Fresques du Climat depuis quatre ans. Formé en décembre 2025, il a rejoint l’équipe des animateurs de la Fresque contre l’antisémitisme et en a animé neuf depuis avril : six en milieu scolaire, deux pour le grand public, une en institution. Il raconte ce que change le format fresque quand le sujet divise, et ce qu’il a appris en salle.

Animateur · Fresque contre l’antisémitisme

Comment s’est faite ta rencontre avec la fresque contre l’antisémitisme ?

Formateur-facilitateur, je suis à l’origine spécialisé dans les enjeux climatiques et j’anime notamment des Fresques du Climat dans des classes. Comme beaucoup, j’ai constaté la recrudescence des actes antisémites. J’y ai d’ailleurs été confronté à plusieurs reprises dans le cadre de mes interventions en milieu scolaire. Quand on voit ressurgir ce fléau, chercher à le combattre va pour moi de soi. Il en est de notre responsabilité collective. Je suis aussi convaincu que la pédagogie et le dialogue sont parmi les moyens les plus durables d’endiguer le phénomène. J’ai donc cherché à savoir s’il existait un atelier pédagogique sur le sujet, construit sur le modèle de la Fresque du Climat. C’est ainsi que j’ai découvert la Fresque contre l’antisémitisme et que j’ai rejoint l’aventure en début d’année !

En quoi le modèle fresque est selon toi un bon outil pour traiter la question de l’antisémitisme dans une classe ?

Un cadre commun : on part de faits que l'on pose sur la table.
Un cadre commun : on part de faits que l’on pose sur la table.
Le climat et l’antisémitisme sont, en un sens, deux sujets qui peuvent susciter de fortes réactions émotionnelles et surtout des tensions. Lorsque les gens abordent spontanément ces sujets, les échanges peuvent vite devenir houleux. L’intérêt du modèle de la fresque est de proposer un cadre commun : par exemple, scientifique pour le climat et historique pour l’antisémitisme. Cela permet de partir de connaissances et de faits, et de créer un espace de dialogue qui aide à dépasser les clivages politiques et idéologiques. En outre, le format extrêmement participatif et ludique permet de susciter un engagement et une attention beaucoup plus importants que lors d’une conférence ou d’un format descendant. Je suis vraiment convaincu par l’outil. Quand j’étais élève ou plus tard dans ma vie, j’aurais adoré qu’on me transmette des clés de compréhension d’une thématique avec une fresque !

T’approprier la fresque contre l’antisémitisme, ça a été facile ?

Contrairement à la Fresque du Climat, atelier pionnier ayant créé le modèle fresque et qui avait déjà largement fait ses preuves lorsque j’ai commencé à l’animer, la Fresque contre l’antisémitisme était encore un nouveau-né à mes débuts, donc moins évidente à prendre en main. Cela étant, le fait d’arriver dans cette phase de développement permet de faire des retours de terrain et de contribuer à son évolution, ce que je trouve particulièrement intéressant. Concernant les connaissances requises, la Fresque contre l’antisémitisme demande un travail d’appropriation un peu plus important, notamment parce que le volet historique, religieux et d’actualité est très complet.

Ton expérience d’animation de la fresque du climat t’a-t-elle été utile pour la fresque contre l’antisémitisme ?

Elle me sert énormément. Lorsqu’on se lance dans l’animation, on peut vite avoir tendance à réciter un texte appris par cœur. Or, même si une préparation sérieuse en amont est indispensable, après plus de 200 Fresques du Climat animées, je peux dire qu’une animation réussie repose essentiellement sur l’adaptation. En effet, chaque public est différent, avec un niveau d’intérêt, de connaissance, de compréhension et d’attention qui lui est propre. Il ne s’agit donc pas seulement de maîtriser ses connaissances : il faut aussi savoir faire preuve d’intelligence émotionnelle pour comprendre le public auquel on s’adresse. Cela permet d’embarquer le plus de monde possible, même s’il faut aussi accepter que certains restent moins intéressés.

Quelques conseils que tu aimerais partager avec des animateurs moins expérimentés que toi ?

Outre l’adaptation au public, qui est essentielle, je pense qu’il est également primordial de garder une posture de neutralité. On a tous des opinions personnelles, mais pour que l’atelier reste efficace, il faut savoir les mettre de côté et s’en tenir à la trame qui a été pensée en amont. Il faut également arriver à faire preuve de bienveillance et ne pas prendre les choses personnellement, même lorsque les échanges deviennent tendus ou que des propos peuvent être choquants ou blessants. L’objectif étant justement que les participants ne se brident pas et puissent exprimer leurs pensées afin de permettre le dialogue. Pour ceux qui débutent, je leur conseillerais en premier lieu de rédiger leur propre antisèche. Cela permet de s’approprier et de comprendre les différentes étapes de l’atelier, d’asseoir ses connaissances, puis de se rassurer en situation d’animation. Je recommande également d’observer plusieurs animations menées par différents animateurs afin de s’en inspirer et de trouver progressivement son propre style. Enfin, je conseillerais de commencer progressivement par la co-animation, en prenant un peu plus de responsabilités à chaque fois. Il faut également être très attentif au respect du timing, ce qui n’est pas toujours facile, car il conditionne en grande partie la réussite de l’atelier.

Quel bilan après tes débuts avec la Fresque contre l’antisémitisme ?

Le bilan est très positif. Formé en décembre 2025, j’ai d’abord effectué quelques co-animations avant de débuter l’animation en avril. J’ai depuis animé neuf Fresques contre l’antisémitisme : six dans le milieu scolaire, deux pour le grand public et une en institution. J’ai reçu de très bons retours des participants, notamment de certains qui avaient beaucoup apprécié la Fresque du Climat et qui ont trouvé la Fresque contre l’antisémitisme encore plus participative grâce au système de quiz. D’un point de vue personnel, je suis satisfait de pouvoir agir à mon échelle.

Justement, peux-tu nous parler de l’accueil des élèves ?

« Il faut voir cela comme une petite graine que l'on sème. »
« Il faut voir cela comme une petite graine que l’on sème. »
L’accueil des élèves varie complètement en fonction de la typologie des élèves et de la dynamique du groupe. Il peut y avoir beaucoup de bienveillance comme, à l’inverse, une certaine forme d’hostilité. Néanmoins, il y a toujours beaucoup d’intérêt et de passion pour le sujet, ce qui démontre selon moi toute l’importance de l’atelier. Bien sûr, on ne va pas réussir à tout déconstruire en deux heures, mais si l’échange est rendu possible, c’est vraiment l’essentiel. Il faut voir cela comme une petite graine que l’on sème.

Tu estimes que ton animation de la fresque est réussie si…

Si j’ai réussi à embarquer les participants, à nouer le dialogue, à vulgariser et rendre accessibles les mécanismes de l’antisémitisme, et à donner des clés pour les déconstruire. Enfin, si j’ai l’impression d’avoir suscité une réflexion, voire bousculé certaines convictions qui pourront amener à voir les choses différemment.

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Antoine Hude

Antoine Hude

Formateur-facilitateur, spécialisé à l’origine dans les enjeux climatiques. Plus de 200 Fresques du Climat animées, et neuf Fresques contre l’antisémitisme depuis avril 2026.